Rencontre avec : Pierre-Olivier Monteil

Lors de la Librairie de l'Éthique qui a eu lieu le mercredi 18 octobre 2017 au Procope. Pierre-Olivier Monteil nous a présenté son ouvrage :  Éthique et philosophie du management, Editions Érès, mars 2016. 

Certains auteurs de l’éthique des affaires se sont demandé quel rôle pouvait jouer le consentement des salariés dans la vie des organisations. Par exemple, ce consentement, s’il existe, est-il équivalent à une promesse d’obéissance ? Suffit-il à justifier l’autorité managériale ? Ou encore, pour être considéré comme un authentique consentement, doit-il s’accompagner d’un « droit de retrait » ? Si tel est le cas, un tel droit est-il plausible dans le contexte d’un collectif humain dont le fonctionnement repose sur une répartition des rôles et le strict respect de la hiérarchie ?

Dans son ouvrage paru en 2016, Ethique et philosophie du management, Pierre-Olivier Monteil adopte une perspective différente. Il imagine un management répondant à la « déshumanisation progressive des rapports de travail ». Cette nouvelle conception des rapports humains au sein de l’entreprise s’attacherait à réaliser l’épanouissement de tous.

S’inspirant des thèses de Paul Ricœur, Pierre-Olivier Monteil fonde son analyse sur le consentement individuel, dont il dérive des effets en termes de puissance d’agir et d’engagement. Sa réflexion apporte une réponse originale aux questions contemporaines sur le sens du travail et le rôle des entreprises dans la Cité.

Pierre-Olivier Monteil

Docteur en philosophie politique (EHESS), Pierre-Olivier Monteil est chercheur associé au Fonds Ricœur. Il enseigne l’éthique appliquée à HEC, à l’université Paris-Dauphine et à l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France. Il intervient également en entreprise et en institution comme formateur et consultant en éthique, en s’appuyant sur plus de vingt ans de pratique professionnelle en management et en communication.

Introduction par Alain Anquetil, (ESSCA École de management)

Pierre-Olivier Monteil, vous êtes diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, docteur en philosophie politique de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et vous enseignez l’éthique appliquée à HEC, à l’université Paris-Dauphine et à l’Espace de réflexion éthique de la région Ile-de-France.

En vous appuyant sur votre expérience en entreprise, vous exercez aussi une activité de formateur et de consultant.

Vous êtes par ailleurs chercheur associé au Fonds Ricoeur, qui perpétue la pensée du philosophe Paul Ricoeur, mort en 2005.

Vos publications se fondent pour une part importante sur l’oeuvre de Ricoeur, par exemple ces articles où l’on trouve quelques-uns des thèmes que vous aborderez ce matin : « Pour une éthique du management confronté à l’urgence », paru en 2017 ; « Pertinence et limites de la raison utilitariste, sous le prisme de Paul Ricoeur » ; « Du management du soin au soin du management. Autorité et pouvoir en management », tous les deux parus en 2016 ; et « Rétablir la confiance en ravivant le sens du vivre ensemble », paru en 2014. Enfin, vous avez écrit plusieurs ouvrages, parmi lesquels le très récent Macron par Ricoeur : Le politique et le philosophe, Reprendre confiance (2014), Ricoeur politique (2013) et Abécédaire du bien commun (2012).

J’en viens à l’ouvrage dont nous allons parler ce matin, Ethique et philosophie du management, qui a été publié en 2016.

Bien qu’il n’apparaisse pas dans le titre, le concept central de l’ouvrage est celui de « consentement ». Dans le contexte d’une organisation, lieu d’expression du management, qui constitue le cadre de votre analyse, il s’agit en effet de « faire accepter par d’autres » le sens du projet poursuivi par l’entreprise et de la coopération qui s’y déroule. « Faire accepter » ne signifie pas ici « imposer » ou « contraindre », mais suppose de nouer et d’entretenir des relations entre personnes dans lesquelles les capacités d’autonomie de chacun sont reconnues et encouragées.

L’hypothèse qui est au fondement de votre réflexion repose sur le postulat suivant. Nous qui sommes membres d’organisations, nous désirons entrer non pas dans des relations d’échanges fondées sur le contrat (sur le mode : « tu réalises tes objectifs et tu seras récompensé ») mais dans des relations de personne à personne où se manifestent, je reprends vos termes, « un agir désintéressé et sincère », « de l’estime de soi dans le respect de l’autre », « de la loyauté et, pourquoi pas, de l’amitié ».

Ceci pose le cadre de la thèse que vous défendez : « Pour un management par le consentement ». L’objectif est, je vous cite, de « faire reposer les pratiques managériales sur le consentement de ceux sur lesquelles elles s’exercent ».

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